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Après
trois décennies de guerre civile, la paix règne enfin dans
cette contrée
magnifique. Ses traditions culturelles, plus anciennes que celles de la
Thailande
ont résisté au passage du temps. Contrairement au Vietnam
qui a toujours subi
l'influence chinoise, le Cambodge s'est fortement inspiré du sous-continent
indien.
Aucun autre site historique du Sud-Est asiatique ne peut rivaliser avec
la splendeur d'Angkor
ITINERAIRE
(10 jours) : Siam Reap - Angkor - Phnom Penh
"La perle d'Asie"
Estelle m'accompagne au terminal
de bus de Bangkok. L'émotion se lit sur nos visages car après
12 mois de voyage ensemble, le moment de la séparation est arrivé.
Je laisse Estelle à Bangkok, mais elle ne sera pas seule longtemps
car Thierry arrive demain de Paris pour la rejoindre.
Bus de Bangkok à Aranya
Prathet.
Je
passe la nuit à Aranya Prathet car le poste frontière ferme
en fin d'après midi. La patronne du petit hôtel se charge
de mon visa moyennant 20$. Le lendemain matin, je prends un bus pour passer
la frontière de Poipet, ouverte aux étrangers depuis 1998.
Beaucoup de casinos à la frontière, c'est pratique pour
les Thaïlandais chez qui ces établissements sont interdits.
Dans le bus qui m'emmène à Syam Reap, je fais la connaissance
d'Amaury, un Français en vacances qui est éducateur d'enfants.
Au bout de quelques kilomètres, le changement de cadre est radical
! le bitume a disparu pour laisser place à une terre rouge. La
végétation est dense et verdoyante, et nous roulons sur
une piste accidentée. Les deux Anglaises installées à
l'arrière du bus s'en souviendront longtemps. Nous nous arrêtons
à plusieurs reprises pour nous reposer le dos vu l'état
de la route, mais aussi pour manger et boire. Cette nature me rappelle
certains endroits d'Afrique et surtout la région amazonienne. Durant
une halte, un adolescent se présente avec un plateau rempli d'araignées
grillées en guise de coupe-faim ! Devant mon hésitation,
il me propose de goûter à l'une d'elles..et finalement c'est
plutôt bon ! Mais je me limite aux pattes car le reste est plutôt..gélatineux
!
Siam Reap.porte d'Angkor.
Nous arrivons de nuit à Siam Reap, porte d'Angkor, cour spirituel
et culturel du pays. Le chauffeur du bus me propose, ainsi qu'à
Amory et les deux Anglaises de nous déposer devant un petit hôtel
légèrement à l'écart de la ville, et plutôt
bon marché malgré son confort. Une fois sur place, les douleurs
dans le dos dues au trajet, et l'heure tardive, nous feront apprécier
rapidement ce premier hôtel.
La petite ville qu'est Siam Reap se situe à proximité des
temples d'Angkor mais semble étonnement paisible et rural. Cependant,
on peut sentir ici la présence proche d'une des merveilles du monde.
Il est facile de voir que les restaurants et hôtels sont en surnombre
et puis, ses grands boulevards bordés d'arbres et de petites bâtisses
ont l'air prêts à accueillir beaucoup plus de bâtiments
et de monde.
Je fais la connaissance de Chantal et Kareen, les deux Anglaises qui faisaient
des bonds dans le bus ! Elles sont venues également ici visiter
les temples.
Les temples d'Angkor furent édifiés entre le IXe et le XIVe
siècle, durant l'apogée de la civilisation Khmers. Angkor
figure parmi les merveilles architecturales de la terre.
La centaine de temples que compte le site, constituait la clé de
voûte sacrée d'un extraordinaire centre administratif et
religieux.
Nous décidons, avec Amaury, de louer les services d'un guide équipé
d'une moto remorque, qui nous sera très utile dans l'organisation
de la visite du site. Nous planifions cette visite sur 3 journées
pleines. (C'est un minimum).
1er jour de visite
Le lendemain matin de bonne heure, notre guide nous attend devant l'hôtel
avec sa moto remorque.
Les premières visions dans l'enceinte d'Angkor me donnent l'impression
de pénétrer dans un vaste parc où chaque temple est
une attraction. Une multitude de petites routes relient toutes ces merveilles
bordées de végétation. Il faut savoir qu'à
l'époque, les maisons de particuliers, les édifices publics
et les palais étaient construits de bois, ce qui explique qu'ils
aient disparus et que seuls subsistent les temples car la brique et la
pierre étaient réservées aux divinités.
A proximité des merveilles architecturales, se trouvent de nombreux
étalages d'artisanat et points d'alimentation, profitant de ce
site de renommée mondiale. Ce n'est pas la grande affluence, mais
les routes et sites sont tout de même animés. La plupart
des visiteurs sont locaux sont en provenance de pays voisins.
Jayavarman II, après avoir
passé son enfance à Java, revient au Cambodge vers la fin
du VIIIe siècle. A la tête de l'empire Khmer, il se définit
lui-même comme un roi divin et édifie un temple en l'honneur
de Shiva. Le début d'une impressionnante productivité architecturale
khmère. L'histoire d'Angkor qui s'étend de 802 à
1432 est marquée par des périodes de déclin, de renaissance
et de guerres contre les puissances rivales que sont le Vietnam, la Thaïlande
et le Myanmar.
Nous approchons de notre premier
temple, et ce n'est pas des moindres, nous commencerons notre visite par
Angkor Thom !
-
Angkor Thom
Nous pénétrons dans une enceinte protégée
par des remparts d'environ 10 mètres de hauteur. La porte d'entrée
est monumentale. Elle est deux fois plus haute que le mur et est décorée
par des trompes d'éléphants ainsi que quatre visages,
chacun tournés vers un point cardinal et le tout en pierre.
Après quelques minutes, nous émergeons de la forêt
et sommes au pied de Bayon, le plus grand temple de ce site. Nous
pouvons apercevoir face à nous, longeant notre chemin, bassins,
temples, énorme terrasse surélevée et longue
d'environ 400 mètres
Angkor Thom n'est pas seulement un temple, c'est une ville fortifiée
qui couvre près de 10 km ² ! L'ouvre de Jayavarman VII
(1182-1219). A son apogée, la population alentour s'élevait
à 1 million de personnes ! Une ville comme Paris à la
même époque comptait quelque 100 000 habitants !
La visite de ce site nous prend une partie de la matinée, puis
nous poursuivons notre route pour découvrir :
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Thomanon
Temple Consacré à Shiva et Vishnu. Il fut rénové
par l'école française d'Extrême-Orient dans les
années 60.
-
Chau Say Tevoda
Temple Jumeau de Thomanon en rénovation. Il est également
dédié à Shiva et Vishnu et fut érigé
au XIIe siècle.
Nous décidons de déjeuner
à la terrasse de l'une des nombreuses échoppes. Le personnel
des échoppes est exclusivement féminin à l'exception
des enfants ! C'est un réel plaisir de déjeuner dans ce
cadre. Ce plaisir ne semble pas partagé car bon nombre de visiteurs
retournent à Siam Reap pendant l'heure du repas. Les prix sont
pourtant plus que raisonnables !
Le premier temple de l'après midi est le fameux Ta Prohm, connu
aussi sous le nom du temple dans la jungle.
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Ta Prohm
Etonnant
mariage d'une ancienne architecture de pierre et de la nature. Cette
dernière a repris le contrôle de cette zone. L'état
du temple à l'abandon est tel que la plupart des toitures ont
depuis longtemps disparu. Mais la végétation est si
dense que nous sommes malgré tout à l'abri du soleil
! La pierre, matériau du temple, est recouverte de lichen et
de mousse, ce qui donne à ce site une ambiance verte. Des arbres
s'appuient contre les façades de murs, à moins que ça
ne soit le contraire. Certains arbres sont plusieurs fois centenaires.
Au détour d'un couloir, je croise un vieil homme courbé,
et agitant un petit fagot de plantes sèches faisant office
de balai ! Ce cliché me rappelle quelque chose. Je sors mon
guide touristique de mon sac et effectivement, le vieux Cambodgien
fait la première page de mon guide ! Il s'appelle Vinh. Une
gardienne du temple m'expliquera que Vinh a été très
longtemps surveillant dans le temple. Il est toujours là aujourd'hui
car Ta Prohm est en quelque sorte sa seule maison. Il a perdu toute
sa famille sous le régime de Pol Pot dans les années
70.
Ta Prohm a été construit en 1186, c'est un temple boudhiste
et dédié à la mère de Jayavarman VII.
Des chiffres ahurissants ont été retrouvés sur
les pierres du temples : 80 000 personnes entretenaient le temple
avec en plus 2700 administratifs et 615 danseurs. Ta Prohm est sans
aucun doute le temple qui a le plus de charme. Ce temple donne une
idée de l'état dans lequel Angkor se trouvait lors de
l'arrivée des premiers explorateurs. La découverte officielle
D'Angkor est attribuée au Français Henri Mouhot dans
les années 1860, bien que celui-ci n'en ai jamais revendiqué la primeur.
La lumière du jour commence
à faiblir, et pour cause, nous sommes restés l'après
midi dans ce temple fantastique sans avoir vu le temps passer. Notre guide
nous propose d'aller apprécier le coucher de soleil depuis un sommet
sacré. Nous nous rendons alors au Bakheng mountain.
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Bakheng mountain
Le temple est perché au sommet de cette petite colline. C'est
l'un des premiers temples d'Angkor, en tout cas, le premier temple
montagne (en référence au mont Méru).
Nous ne sommes pas les seuls à escalader, et il y a sûrement
ici, réunis, une grande partie des visiteurs présents
aujourd'hui à Angkor. Certains touristes ont choisi d'accéder
au sommet à dos d'éléphant. Une fois en haut,
c'est l'effervescence ! Vraiment beaucoup de monde sur ce petit sommet
! Mais la vue est magnifique. Le coucher de soleil fait taire la foule,
et c'est sous un ciel rouge que l'on peut apprécier ce paysage
de forêts à perte de vue et le grand Angkor Vat ainsi
que le lac Tonlé Sap.
Lors de notre première journée,
nous aurons vu deux perles d'Angkor que sont Ta Prohm et Angkor Thom.
Notre guide nous ramène
à l'hôtel et nous propose de venir nous rechercher plus tard
dans la soirée afin de nous guider également à Siam
Reap. Le parking de notre hôtel est plein et pour cause, il y a
une délégation d'un groupe politique. Il faut savoir que
prochainement vont avoir lieu les élections présidentielles
et il y a donc de l'animation dans les grandes villes du pays. En discutant
avec l'un des représentants présents dans l'hôtel,
j'apprends que celui-ci arrive directement de France et qu'il est le proche
de l'un des deux présidents potentiels. Un peu plus tard, notre
cher guide vient nous chercher et nous accompagne en ville dans sa moto
remorque. Il nous indiquera quelques bons endroits où dîner,
puis également où prolonger la soirée. Puis il nous
quitte en nous donnant rendez-vous demain matin de bonne heure pour un
lever de soleil dans l'enceinte d'Angkor Vat. Nous sommes maintenant proches
d'un grand bâtiment où bon nombre de passants semblent se
rendre. Curieux, nous décidons de les suivre. Il s'agit du centre
culturel de la ville. Nous prenons place dans les gradins d'une grande
salle. Un docteur donne une conférence sur la nécessité
pour le pays d'être suffisamment équipé en infrastructures
sanitaires accessibles à toute la population. Est également
présent une association humanitaire qui a pour objectif de financer
une partie de ce projet. Nous finissons la soirée dans un café convivial de la ville.
2ème jour de visite
Il est 6h00 et je descends seul les escaliers de l'hôtel pour retrouver
notre guide. Amaury ne peut décoller du lit et préfère
conserver ses forces pour la journée, il nous retrouvera plus tard
!
Je retrouve, au pied de l'hôtel, les deux Anglaises qui vont également
être de la partie. Nous sommes rapidement sur les lieux. Une dizaine
de personnes ont également fait l'effort de se lever de bonne heure
pour se retrouver aux abords des bassins royaux, qui font face aux majestueux
temples. Puis une légère lumière borde l'horizon,
le silence, c'est l'aurore ! Quelques minutes plus tard, ce fil de lumière
allant du bleu au rouge disparaît pour teinter le ciel entier d'une
seule couleur bleue, puis enfin une mer de nuages rouges émerge
dans le ciel que miroitent les deux bassins. Le soleil n'a toujours pas
montré son nez et Angkor Vat est toujours dans la pénombre.fantastique
! Ca valait la peine de se lever au chant du coq. Bon maintenant la visite
du temple !

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Angkor Vat
Le plus grand, le plus beau, le mieux conservé car il n'a jamais
été laissé à l'abandon. Il est considéré
comme le plus vaste monument religieux du monde. Construit sous Suryavarman
II (1112-1152) en l'honneur de Vishnu, divinité hindoue à
laquelle le souverain s'identifiait. J'apprends, en tant que visiteur
du temple, que je vais accomplir un voyage symbolique dans le temps
qui va me ramener à la création de l'univers. Angkor
Vat représente une réplique de l'univers en miniature.
Le temple est entouré d'une douve d'environ 200 mètres
de large ! La tour centrale symbolisant le mont Méru, l'intérieur
: le paradis. L'ascension de cette tour se fait par des escaliers
taillés dans la pierre et pratiquement à la verticale
! Cette tour est entourée par cinq tourelles plus petites,
chacune étant entourées par des cours symbolisant les
cinq continents, puis par des douves représentant les océans.
A l'extérieur, je longe d'interminables coursives qui encadrent
le temple. Les façades murales sont sculptées, et représentent
des scènes religieuses mythiques et des grandes batailles.
Elle couvre près de 800 mètres ! Il ne me faudra pas
moins de la moitié de la journée pour faire le tour
de ce gigantesque temple.et sans m'attarder sur les détails
!
Il fait très chaud, ma bouteille
d'eau est maintenant vide et je commence aussi à avoir faim. Je
retourne à l'entrée du parc d'Angkor Vat, et je retrouve
Amaury et notre guide. Comme la veille nous nous installons dans une échoppe.
C'est vraiment agréable de s'asseoir après cette longue
randonnée dans les couloirs d'Angkor Vat
Après cette pause déjeuner et un excellent café,
nous nous rendons maintenant sur le site du temple Preah Khan.
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Preah Khan
Ce temple fut utilisé comme résidence temporaire pendant
la construction d'Angkor Thom. En plus de ses sculptures raffinées
en pierre et ses couloirs cruciformes, il renferme beaucoup d'informations.
Ce fut un centre d'étude et de culte. C'est aussi l'un des
plus grands ensembles d'Angkor.
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Preah Neak Pean
Toujours construit sous Jayavarman VII, c'est un grand bassin entouré
de quatre plus petits. Au centre du grand bassin, un îlot où reposent plusieurs statues.
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Ta Som
Encore sous Jayavarman VII ! à la fin XIIe.
Puis East Mebon et Pre Rup (de grandes rizières environnantes).
Aujourd'hui, j'ai vu beaucoup de
moines. Ils circulent au milieu des temples sacrés avec leurs robes
couleur safran. Il faut savoir que dans l'art khmer de l'époque
d'Angkor tout était religieux.

3ème jour de visite
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Banteay Kdei
Imposant temple bouddhiste qui date de la fin XIIe. Il est entouré
de 4 murs concentriques. Le mur extérieur mesure tout simplement
500m sur 700 m ! Chacune des entrées est décorée
de Garuda. L'intérieur de la tour centrale n'a jamais été
terminé.
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Sras Srang
Le Sras Srang est un bassin à proximité de Banteay Kdei.
Il mesure 800m sur 400m. Une île minuscule se trouve au milieu.
Autrefois se dressait un temple en bois.
Notre guide nous indique du doigt
un mémorial en bois qui signale la présence dans le sol
de centaines de victimes des Khmers rouges.
Aujourd'hui, nous avons décidé
avec notre guide de nous éloigner du site principal d'Angkor pour
aller visiter des temples et nous longeons la "Rn6", bordée
de rizières.
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Groupe de Roulos
Près de la ville de Roluos se trouve un ensemble de monuments
qui constituaient Haliharalaya, la capitale d'Indravarman I (877-889).
Ces temples font partie des premiers grands temples permanents érigés
par les Khmers.
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Preah Ko
Entièrement construit de briques, les statues et bâtiments
sont plutôt usés. Le temple central a une forme pyramidale
que je n'ai pas retrouvée sur ceux vus précédemment
et qui sont plus récents. L'entrée est gardée
par des statues de lions. Sur le premier niveau, reposent des statues
de boufs, et sur le deuxième une série de tours dont
chaque porte affiche des inscriptions en sanscrit.
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Bakong.
Ce temple est le plus grand de l'ensemble de Roulos. Il a la particularité
aussi d'abriter un monastère bouddhiste en activité.
L'ensemble se compose d'une pyramide de grès à cinq
niveaux. Après la visite du temple, nous nous rendons au monastère.
Un groupe de fidèles se trouve dans une grande salle carrelée
sans murs extérieurs. Nous les rejoignons après avoir
pris soin de nous déchausser. Nous restons un long moment auprès
d'eux, sans pour autant parler une langue commune, nous parvenons
à communiquer surtout par des regards, des expressions et des
sourires.
Phnom Penh
J'arrive à Phnom Penh en
bus et en compagnie d'Amaury. Nous trouvons rapidement un endroit où
nous loger. C'est une pension qui se trouve dans un quartier très
modeste, à l'extrémité d'un petit labyrinthe de ruelles,
et au bord du lac Boeng Kok. Composée entièrement de bois,
cette structure de deux étages, est en partie sur l'eau. Je retrouve
ici trois Irlandais rencontrés à la frontière de
Poipet. Ils sont en train d'apprécier paisiblement le moment présent
et le coucher de soleil que miroite le lac, depuis l'énorme terrasse
flottante de la pension. Impatient de découvrir la capitale cambodgienne,
nous traversons avec Amaury notre quartier animé. Il est composé
de petites maisons et boutiques brutes en ciment qui donnent sur des rues
au revêtement usé et fissuré. Nous longeons le boulevard
Manivong, une des grandes artères de la capitale. La capitale est
à l'image de la pauvreté du pays. Les façades des
immeubles qui longent le boulevard ont besoin de rénovation, ou
d'une finition. Certaines rues sont faites de terre, mais toutes sont
extraordinairement propres malgré l'activité qui y règne.
Les trottoirs fourmillent de monde, et les rues sont dans le rythme des
vélos et scooters. Certains poussent. Les tenues vestimentaires
sont simples et légères. Je vois pour la première
fois, depuis mon arrivée en Asie, le fameux chapeau chinois qui
couvre la tête d'une partie de la population.
Cette atmosphère rurale rend authentique cette ville fascinante.
C'est bien la ville asiatique que j'imaginais et que j'attendais. Elle
conserve le charme de son passé car elle ne semble pas avoir passé
le cap de l'ère moderne. Son récent passé violent
est peut-être une des raisons de ce " retard ".
Nous nous écartons du boulevard pour rejoindre une place où
se trouve le marché central. C'est un bâtiment imposant de
style colonial, surmonté d'un dôme, qui est l'un des plus
grands au monde. Il abrite une quantité de stands aux produits
très variés. On y trouve de l'artisanat, des vêtements,
des fruits, des légumes, de la viande, des fleurs. Sur cette place,
il y a également de petites échoppes et des terrasses de
cafés équipées de petites chaises et tables en plastique.
Nous prenons place à l'une d'elles pour y boire un café.
Malgré l'animation de cette place, le marché, les va-et-vient
de bus, les nombreux cyclomoteurs, il y a une sensation de tranquillité impressionnante.
Sur l'avenue qui nous ramène à notre hôtel, nous rencontrons
Julien, un jeune Français, en vacances au Cambodge où travaille
sa sour. Je suis à la recherche d'un bon point de vue sur la ville
pour prendre quelques photos et il se trouve qu'il en revient justement
d'un ! Il nous propose de nous y emmener. C'est en fait le sommet d'un
immeuble en construction, qui domine un quartier et surplombe une des
avenues très animées de la ville. Personne d'autre que nous
se trouve sur l'immeuble et nous sommes tranquilles pour prendre quelques
clichés. Depuis la terrasse d'un immeuble voisin, plusieurs filles
nous font signe ! Elles semblent être en chemise de nuit ! Il doit
s'agir de prostituées.
De retour à l'hôtel, nous prenons un verre sur la terrasse.
A la table voisine, trois hommes européens boivent un verre en
compagnie d'une fille locale. Puis l'un d'entre eux monte dans une chambre
avec la fille pour redescendre 20 minutes plus tard mais sans la fille.
Et c'est au tour d'un autre de rejoindre la fille. L'un d'entre- eux ressemble
à Rocco Si Freddy. Il se trouve que Rocco loge dans la chambre
voisine à la nôtre et que l'activité sexuelle de ce
gars est impressionnante. J'ai vu le visage de Rocco se transformer pendant
les trois jours passés dans cet hôtel, surtout sous les yeux
!
J'ai trois jours pour découvrir la capitale cambodgienne.
Une longue file d'attente le long d'un trottoir attire mon intention,
je me rapproche, c'est finalement l'ambassade de France qui suscite tant
d'intérêt.
Je
longe le quai Sisowath sous les palmiers. D'un coté, le Tonlé
Sap, un des bras du Mékong, de l'autre des façades étroites
de plusieurs niveaux. Commerces et maisons individuelles, de couleurs
variées, et les uns contre les autres se dressent comme des remparts.
Je suis maintenant face au Palais Royal abritant la fameuse Pagode
d'Argent. L'ensemble est entouré de murs hauts de plusieurs
mètres et couvre environ 10 000m². Une fois à l'intérieur,
je découvre plusieurs monuments.
Le pavillon Chan Chaya, construit pour admirer des spectacles de danse.
Le Mondap, qui était la bibliothèque et abritait des manuscrits
sacrés et rédigés sur des feuilles de palmier. Le
tombeau du roi Ang Duong. Un sanctuaire dédié à l'une
des filles du roi Sihanouk. La salle du trône, utilisée pour
les couronnements et cérémonies. Dans le jardin de cette
grande structure se trouve une maisonnette en fer, qui fut un cadeau de
Napoléon III au roi Norodom. Et enfin, la Pagode d'Argent, ainsi
nommée car plus de 5000 dalles d'argent couvrent le sol. C'est
d'ailleurs le seul bâtiment épargné par la violence
destructrice des Khmers rouges dans les années 70.
Certaines rues de la ville sont dénuées de bitume. Les pompes
à essence se résument à un gros réservoir
sur roulettes, avec un compte-gouttes en guise de mélangeur d'huile
et l'ensemble est tenue par une jeune fille au visage masqué. Je
croise une voiture aux couleurs familières, une inscription "
EDC " sur le véhicule m'aide à me rafraîchir
la mémoire. Ce sont bien les couleurs de l'Edf - Gdf. Mais ici,
électricité du Cambodge.
Le
lycée Tuol Svay Prey est aujourd'hui un musée. Il
témoigne des atrocités commises par les Khmers rouges durant
le régime de Pol Pot. Entre 1975 et 1978, l'école fut transformée
en prison et centre de torture. Cette visite, qui ne semblait pas m'impressionner
quelques instants avant d'entrer, fut un des moments les plus forts que
je retiens du tour du monde. Les murs et les salles sont recouverts de
photos d'hommes, de femmes et d'enfants, quasiment tous exécutés
par la suite. Malgré bon nombre de visiteurs, il y a un silence
qui règne dans les salles et couloirs de l'école. Cet endroit
montre la face la plus terrifiante de l'humanité.
Je quitte le royaume du Cambodge
qui m'a fortement impressionné par son authenticité. C'est
un pays meurtri par la violence de son histoire, mais le peuple cambodgien
est courageux et veut croire en un avenir meilleur.
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